PEUR DES CONSEILLERS FINANCIERS :
COMMENT DÉCIDER EN CONFIANCE
Il suffit parfois de franchir la porte d’une banque pour sentir quelque chose se tendre en nous.
On ajuste sa posture, on choisit ses mots, on surveille son ton.
Et face à un conseiller financier en costume-cravate, beaucoup de personnes — femmes comme hommes — ressentent une forme d’appréhension, parfois même une intimidation diffuse.
Pourquoi ce phénomène est-il si courant ?
Pourquoi avons-nous tendance à nous sentir “moins” compétents, “moins” légitimes, ou “moins” confiants face à un professionnel de la finance ?
La réponse ne se trouve ni dans un manque d’intelligence, ni dans une prétendue incompétence.
Elle se trouve dans notre cerveau… et dans la manière dont il interprète les symboles d’autorité.
L’effet d’autorité : comprendre un mécanisme humain universel
La psychologie l’a montré depuis longtemps : lorsque nous rencontrons quelqu’un qui porte les codes de l’expertise — un costume sombre, un bureau ordonné, un vocabulaire technique — notre cerveau simplifie aussitôt la situation en attribuant à cette personne une forme de supériorité intellectuelle ou décisionnelle.
Ce mécanisme porte un nom : l’effet d’autorité.
Il est universel.
Il touche aussi bien les femmes que les hommes, les personnes très diplômées comme celles qui le sont moins.
En réalité, ce n’est pas la personne en face qui nous impressionne.
Ce sont les symboles qu’elle représente.
Et notre cerveau, souvent prudent face à la complexité, préfère alors se mettre en position d’écoute plutôt qu’en position d’égalité.
Quand l’intimidation influence nos décisions
Et c’est là que les choses se compliquent.
Parce que dès que l’on se sent un peu plus “petit”, même légèrement, plusieurs réflexes apparaissent :
On ose moins poser des questions.
On a peur de mal paraître.
On dit “oui, oui” alors qu’on n’a pas tout compris.
On oublie de demander les alternatives.
On écoute plus qu’on ne parle.
Ce phénomène est très connu en sciences cognitives.
On parle de déséquilibre de pouvoir perçu, un biais qui fausse la qualité de nos décisions tout en donnant l’illusion que “l’autre sait mieux”.
Pourtant, la réalité est plus équilibrée que ce que notre cerveau nous raconte.
Le conseiller connaît la finance. Vous connaissez votre vie.
Un conseiller financier possède des compétences précises : il connaît les produits, les règles, les limites, ce qui est légalement autorisé ou non.
Il maîtrise les outils, pas votre existence.
Vous, vous possédez votre histoire, vos priorités, vos peurs, vos objectifs, votre rythme, la manière dont vous vivez les risques ou la stabilité.
Votre expertise est différente, mais elle est essentielle.
L’une ne va pas sans l’autre.
Ce n’est pas un duel entre “celui qui sait” et “celui qui ne sait pas”.
C’est une conversation entre deux personnes qui détiennent chacune une partie de la décision.
Ce que les conseillers financiers craignent vraiment
On ne le dit pas souvent, mais les professionnels de la finance ne souhaitent pas, dans la grande majorité des cas, vous imposer un produit à tout prix.
Ce qu’ils redoutent le plus, c’est que vous signiez sans comprendre.
Parce qu’en Belgique comme en Europe, ils doivent légalement prouver que le produit correspond à votre profil et que vous avez bien compris ce que vous faites.
Pour eux, un client qui dit :
« Je n’ai pas compris, pourriez-vous me l’expliquer autrement ? »
est un client rassurant.
Un client engagé.
Un client qui prend sa responsabilité au sérieux.
Cela crée un espace de clarté, et un véritable dialogue.
Comment reprendre confiance face à un conseiller ?
Bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire de devenir expert en économie pour se sentir à sa place.
Ce qui change tout, ce ne sont pas les connaissances financières, mais la posture intérieure.
Voici trois phrases simples, mais puissantes, que vous pouvez utiliser à tout moment :
« Expliquez-moi comme si je devais l’enseigner à quelqu’un. »
Une manière élégante de dire : je veux comprendre vraiment.
« Quelles sont les alternatives possibles ? »
Un bon conseiller en proposera toujours.
« Je prendrai ma décision après avoir comparé plusieurs options. »
Vous affirmez calmement votre autonomie.
Ces phrases renforcent votre sentiment de compétence, ce que la psychologie appelle l’auto-efficacité.
Et plus vous vous sentez compétent(e), plus vos décisions financières gagnent en clarté.
La vraie liberté financière commence ici
Contrairement à ce que les réseaux sociaux laissent croire, la liberté financière ne débute pas avec un placement, un ETF, ou une stratégie d’investissement “idéale”.
Elle commence bien avant, dans un moment simple : celui où vous cessez de vous sentir inférieur(e) face à un professionnel.
Elle commence le jour où vous dites intérieurement :
« J’ai le droit de comprendre.
J’ai le droit de poser des questions.
J’ai le droit de décider sans pression.
J’ai le droit d’être à ma place. »
Ce jour-là, vous faites un immense pas vers une relation plus saine avec votre argent.
Les conseillers maîtrisent les produits.
Mais vous êtes la seule personne à maîtriser votre vie.
Les meilleures décisions financières se prennent toujours là :
dans la rencontre entre deux expertises complémentaires.
Votre argent n’a pas besoin d’une personne mieux habillée que vous.
Il a besoin de vous : informé(e), calme, ancré(e), confiant(e).
Et vous êtes pleinement capable de l’être.